Swallowtail Ageha

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Étiquette : cinéma

Parasites de Bong Joon Ho

Bong Joon Ho a reçu la palme d’or cette année au Festival de Cannes pour son dernier film, Parasites, autant dire que j’étais vraiment contente pour lui car j’aime énormément son travail que j’avais découvert avec The Host, Memories of Murders et Snowpiercer, tous excellents en particulier les deux premiers, marquants, le genre de film qu’on oublie pas.

Je suis donc allée voir au cinéma Parasites et j’ai adoré, j’ai retrouvé tous les ingrédients des films de Bong Joon Ho que j’aime et qui fonctionnent si bien ensemble, de bons ingrédients pour une bonne satire sociale. D’ailleurs dans la salle, beaucoup de réaction, de rires, etc. Je pense que là c’est une palme d’or qui fait l’unanimité que soit auprès de la presse que du public.

Le titre du film représente bien son sujet, comme toujours Bong Joon Ho traite un sujet difficile et grave sur un ton particulier avec beaucoup d’humour notamment grâce aux dialogues et au jeu des acteurs, mais aussi lors de situations improbables qui surprennent soit par leur noirceur, soit par une suite d’évènements qui s’enchaînent et qui va forcément prêter à rire malgré la gravité des actes des personnages.

Le film se moque aisément de la bourgeoisie en opposant  une famille pauvre qui vit de petits boulots mal payés et de petites combines face à une famille très riche vivant dans une immense maison. Pour marquer les différences, le réalisateur n’a pas peur de forcer sur les stéréotypes sans toutefois montrer que chacun à une part de bon et de noirceur, quelques soit la classe sociale. Donc nous avons une famille pauvre vivant dans un quartier très modeste, une petite maison pour cette famille de 4 personnes, face à une famille comptant 4 membres également et ayant en plus le luxe d’avoir une gouvernante et vivant donc dans une immense maison (propriété). Les attitudes, le style vestimentaire sont différents également. Et la famille ne fait parfois qu’une seule personne, ici l’union fait la force.

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Passion de Ryusuke Hamaguchi

Depuis la découverte du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi avec Senses en 2018 puis Asako I&II début janvier, grâce à Art House nous avons la chance de découvrir cette année son premier film tourné en 2008 ! Et oui Ryusuke Hamaguchi tourne depuis plus de 10 ans. Beaucoup de réalisateurs talentueux sont trop peu connus et leurs films ne verront jamais le jour en dehors des festivals ou de leur pays, bien dommage car nous passons à côté de petites pépites, la preuve ici, heureusement on se rattrape grâce à certains distributeurs qui on su les repérér (ici Art House). Je pense notamment aussi à Iwai Shunji quasiment invisible malheureusement chez nous.

Donc, je suis allée voir ce weekend Passion, le premier film de Ryusuke Hamaguchi, au cinéma et j’ai adoré, j’ai vraiment été conquise et pourtant lorsque le film a commencé j’ai un peu douté (par ce que je n’aime pas vraiment l’effet de réalisation numérique mais une fois les premières minutes passées, ça ne me gênait plus vraiment), j’avais peur de ne pas retrouver les mêmes sensations et émotions qu’avec Senses et Asako I&II. Avec Passion on reconnait bien ce qui définira ses prochains films, ses thèmes de prédilections et son style. Il décortique les relations de ses personnages, leurs réactions, leurs émotions, au cours d’une soirée avec des rencontres, beaucoup de discussions et des vérités qui se révèlent au fil de la soirée, Un flot d’émotions continu et des personnages joués par des acteurs (pas du tout connus d’ailleurs en France) avec un jeu assez naturel que j’aime beaucoup. Les dialogues ont vraiment une place importante dans ses films, l’attitude des personnages et les émotions qui en découlent. Tout est fluide et se fait naturellement. Les films suivant du réalisateur que nous avons pu d’ailleurs découvrir seront encore plus posés, fluides et observateurs, développant encore plus ses personnages. Et aussi ce que j’adore c’est ce choix de musique si douce qui accompagne parfaitement le film et qui s’adapte à toutes les situations, qui le rythme et parfaitement bien choisie.

En bref, un très bon premier film qui laissait apparaître déjà tout le talent de ce réalisateur.

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Alpha – The Right To Kill de Brillante Mendoza

Après avoir découvert le cinéma de Brillante Mendoza avec deux de ses précédents films, Lola et Ma’Rosa, que j’avais beaucoup aimé, je suis donc allée voir son dernier film au cinéma le weekend dernier, Alpha – The Right to Kill. Brillante Mendoza filme d’une manière si réaliste et presque documentaire qu’on est vite happé par ses films et leur histoire, il film son pays tel qu’il est, la rue, toutes catégories de personnages en particulier dans les quartiers défavorisés et toujours sans défense face à ceux qui détiennent le pouvoir par le biais de l’argent, ces personnages racontés dans ses films tentent malgré tout de vivre, survivre.

Ici, il est question ici de la politique du président de la république Rodrigo Duterte depuis 2016 pour lutter contre les trafiquants de drogue et réduire la criminalité, en donnant ce « droit de tuer » aux forces de l’ordre ainsi qu’à des milices dès lors qu’il s’agit de narcotrafiquants (plus de détails), comme le titre du film l’indique, Sauf que tout n’est pas noir ou blanc, la drogue est partout, son commerce se fait à toute échelle, du haut chef de police au petit dealer pauvre qui tente de survivre et nourrir sa famille dans les taudis des quartiers pauvres. La tristesse lorsque l’on constate aussi tout ces déchets plastiques qui s’entassent partout dans ces quartier et qui font parti du « paysage », tout est banalisé, la violence, la pauvreté, la drogue, tout.  Tout le monde y trouve son compte alors pourquoi combattre ce qui peut en faire profiter à beaucoup (de personnes haut placées), on est franchement loin de Serpico où le personnage principal refusait et dénonçait les ripoux. Duterte avait d’ailleurs déclaré réserver le même sort aux policiers corrompus.

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Les éternels de Jia Zhang Ke

J’ai vu le dernier film, Les éternels, de Jia Zhang Ke à sa sortir et je l’attendais avec impatiente comme à chaque sortie de ses film maintenant, surtout depuis A touche of sin avec lequel je m’étais pris une vraie « claque » au cinéma ce jour là.

Avec Les éternels, le réalisateur reprends un peu de tout ses films et leurs codes, comme le contexte social et économique de la Chine contemporaine, le contexte historique et l’histoire sur une longue période (17 ans, le barrage des 3 Gorges) et les régions touchées par les crises économiques notamment le charbon, l’histoire se déroulent également dans des régions revenant souvent Shanxi par exemple, les trois gorges. Un rythme qui se veut  toujours coup de poing, un film qui mêle plusieurs genres, social, drame, beaucoup rythmé aussi par la musique.

Dans ce dernier film, on retrouve comme un mélange de ces précédents films, ce qui peut sembler un peu répétitif avec du déjà ou alors un rappel d’un cinéma propre à ce réalisateur, ce qui fait marque de fabrique, jusqu’au choix de casting avec l’actrice principale toujours excellente (Zhao Tao) rayonnante et à fond dans son rôle qui traverse les années. Malgré quelques longueurs, le film passez assez film je trouve notamment grâce au rythme alternant scènes marquantes et plus posées, pour passer d’une époque à une autre par exemple, le changement de la vie d’un personnage, une séparation, des retrouvailles…

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Les étendues imaginaires de Siew Hua Yeo

Retour sur Les étendues imaginaires, film que j’ai adoré et pourtant je n’avais pas spécialement prévu de le voir, ça aurait été dommage de passer à côté ! Comme j’avais été assez déçue par Un grand voyage vers la nuit, ce genre de film entre rêve et réalité, envoutant, esthétiquement très beau, Les étendues imaginaires laissait entendre qu’il s’agissait du même genre (toujours le problème des bandes annonces qui reprennent souvent les même « codes » et peinent à se démarquer au final!). Bref, ce ne fût pas le cas avec Les étendues imaginaires qui a d’ailleurs reçu le Léopard d’or au dernier festival de Locarno. Finalement ces deux films n’ont pas tant de choses que ça en commun.

J’ai repensé en voyant Les étendues imaginaires au très touchant Ilo Ilo vu quelques années auparavant au cinéma également et qui déjà abordait les thématiques des travailleurs venus des Philippines à Singapour, ici ce sont des travailleurs venus de Chine, du Bangladesh, de Corée … sous payés, retenus comme prisonniers de cette île (leur passeports sont gardés par les employeurs pour les empêcher de s’enfuir), une main d’œuvre bon marché et obéissante pour ces entreprises qui ne cessent d’agrandir l’île. Certains tentent de se faire entendre mais semblent seuls et peu soutenus.

On nous montre une « cité » en plein développement permanent et à une vitesse folle, toujours en chantier, surtout pour une certaines partie de la population qui y vit plus aisée.

On nous montre le monde de la nuit, vivant toujours éveillé, une ville qui ne semble jamais dormir, du bruit partout en continu, l’agressivité de la lumière vive des néons qui éclairent dehors et dans les habitations, provoquant des insomnies même à ceux qui se tuent au travail et sont épuisés, finalement impossible de dormir.

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Un grand voyage vers la nuit de Bi Gan

Je suis allée voir Un grand voyage vers la nuit au cinéma il y a quelques semaines, diffusé en 2D, moi qui ne m’intéresse pas vraiment au cinéma 3D j’avoue être curieuse de ce que cela aurait pu donner. J’ai cédé à ma curiosité, car on en a beaucoup parlé de ce film, on pouvait lire comme phrase d’accroche « vous n’avez jamais vu ça » ou faire référence au cinéma de Wong Kar Wai.

Je suis beaucoup moins enthousiaste car peut-être j’ai été moins réceptive à ce film et ce qu’il en dégage. J’aurais voulu être bien plus envoutée que ça, pas assez transportée bizarrement. J’ai parfois eu du mal à suivre ce rêve éveillé. Est-ce un rêve ? un souvenir ? la réalité ? Oui et non, c’est tout ça à la fois, à certains moments, impossible de savoir où se situaient les personnages. Mélancolie, nostalgie et tristesse résonnent dans ces étranges souvenirs ou rêves éveillés. Je pense qu’un second visionnage serait bien nécessaire, j’aimerais lui donner une autre chance, je suis forcément passée à côté du film.

C’est un film très sensoriel et là rien à redire, j’adore, esthétiquement parfait, l’ambiance a un coté hypnotique souvent et les sons de ce film auraient carrément pu être de l’ASMR, la pluie, les pas, le sèche cheveux, la voiture … j’y suis particulièrement attentive. Ce qui est réussi également est de nous faire entrer progressivement en même temps que les personnages au plus profond des souvenirs du personnages principal, qu’ils soient ou non réels, au fur et à mesure que la nuit tombe et fige alors le temps.

Je suis donc assez partagée sur ce film, j’aimerais le voir une deuxième fois !

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Asako I&II de Ryusuke Hamaguchi

Après le très beau Senses, je découvre le nouveau film de Ryusuke Hamaguchi Asako I&II. Senses m’avait émerveillée l’année dernière, ce (très) long métrage découpé en 3 films posait déjà la question de la place de la femme japonaise dans le Japon d’aujourd’hui à travers le quotidien de 4 amies, je n’avais jamais vraiment vu ce thème abordé d’une telle manière au cinéma, avec beaucoup de délicatesse, d’émotions mais très marquant qui amenait à réfléchir, tout cela porté par 4 talentueuses actrices que je connaissais pas.  Avec Asako I&II, Ryusuke Hamaguchi continue sur cette voie, avec un style différent qui nous hypnotise et brouille les pistes, est-ce bien réel, est-ce un rêve, une métaphore ce que vit Asako ? On suit Asako sur une période de 9 ans où elle tombe amoureuse deux fois et se retrouvera devant un dilemme dont elle seule devra prendre une décision, douloureuse, qui la fera évoluer et grandir. Il y a un petit quelque chose de fantastique et d’irréel dans ce film, et qui le sera jusqu’à la fin, à nous de l’interpréter alors.
J’ai beaucoup aimé cette fraicheur dans la réalisation, ça ne manque pas de rythme, on ne s’ennuie jamais, la musique utilisée rythme à merveille les moments clés de l’histoire, les doutes d’Asako et les changements de périodes,  (suite…)


Grass de Hong Sang Soo

Grass est le dernier film en date de Hong Sang Soo, je commence à être une habituée du cinéma de Hong Sang Soo car il sort à peu près un film par an que je vais voir dès qu’une sortie est programmée. Chaque année, je me dis que c’est fini, je n’irai plus voir le dernier film de HSS car c’est toujours pareil et finalement j’y retourne, et je ne m’en lasse même pas. Pourquoi ? J’aime le cinéma de HSS, tout ce qui le caractérise, que ce soit la réalisation, les personnages, les thèmes abordés, le casting, la musique utilisée ou même les génériques ! Finalement, chacun de ses films se démarque des autres mais garde son identité qui lui est propre

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Une affaire de famille de Hirokazu Kore-Eda

Le dernier film de Hirokazu Kore-Eda est enfin sorti en salles, je l’attendais avec impatience, celui qui a obtenu la palme d’or au festival de cannes cette année ! Et alors ? oui, oui et oui, ce film mérite tellement cette palme d’or! J’aime beaucoup Kore-Eda, je trouve cependant qu’au fil des années la qualité des films est assez inégale et qu’il ne renouvelle pas beaucoup ce qui peut sembler répétitif hormis pour The Third Murder mais je n’avais pas vraiment accroché à ce changement de registre. Retour aux sources pour Une affaire de famille, comme à l’époque de Nobody Knows, où l’image de la famille japonaise est mise à mal, ce type d’histoire dont on nous parle rarement. Je m’étais habituée au rythme doux et presque contemplatif de ses films mettant en scène parfois des familles recomposées, des secrets de familles, des conflits père-fils, des familles séparées, mais avec Une affaire de famille, on sort de cette douceur pour se retrouver dans un film plus sombre et sérieux, sur un sujet grave et peu abordé dans le cinéma japonais. Au début le film se veut assez « léger », avec des touches d’humour, puis petit à petit le quotidien et la situation de cette « famille » se complique et le ton devient plus grave. Malgré les actes commis par les personnages, on s’y attache au fil de l’histoire. L’histoire de chaque personnage est par ailleurs développée au cours du film en parallèle de l’histoire de cette famille, jusqu’à la dernière partie où on découvre les secrets les plus douloureux en même temps que chacun des membres de cette famille si particulière. On retrouve une fois de plus des personnages « type » du cinéma de Kore-Eda (la grand-mère bienveillante par exemple interprétée par la regrettée Kiki Kirin bien connue dans Les délices de Tokyo). Très bon casting, avec Kiki Kirin bien sûr mais aussi Sakura Ando (Shokuzai, Love exposure) et des jeunes acteurs très justes, comme toujours ! Bref, un retour aux sources réussi pour Kore-Eda, et une palme d’or amplement méritée.

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Leto de Kirill Serebrennikov

Ce n’est pas souvent que j’ai l’occasion de voir un film russe au cinéma et j’aimerais en voir plus d’ailleurs, j’ai découvert LETO ce weekend et j’ai tellement aimé ! J’espère qu’il sortira en dvd, j’espère le revoir.

Je suis surtout allée voir Leto au cinéma parce que le sujet me plaisait, le thème de la musique au cinéma est un sujet que j’affectionne particulièrement, surtout lorsqu’il s’agit de musique rock/punk. L’histoire se déroulant en URSS dans les années 80 fait tout le charme du film. Le film dégage une telle énergie, et pourtant il dégage en même temps une ambiance douce, poétique et nostalgique grâce aux chansons de Viktor, un des personnages principaux. Ce film est rempli d’oppositions, un côté très rythmé face à un côté calme, un côté rebelle face à un côté plus doux et poétique, des scènes majoritairement en noir et blanc pour les moments présents face à quelques scènes en couleur pour les souvenirs filmés par le caméraman qui suit les musiciens tout au long de cette histoire et toujours cette jeunesse qui tente de s’exprimer comme elle peut malgré les limites imposées par l’état (l’exemple de la salle de rock avec un public assis et quasi statique de façon contrainte face à un groupe de rock chantant dans un langage « familier » qui se retient pour chacun de se lâcher à tout moment, toujours contraint, car aucun débordement toléré). On se retrouve souvent face à des scènes totalement irréelles et imaginaires (la scène dans les bus par exemple) où un personnages entraine le groupe à se lâcher (leur conscience ?) et nous rappelant que cette scène n’a jamais existé (mais ça aurait bien aimé), scènes illustrées souvent par des notes écrites directement sur l’écran. Original et réjouissant, totalement imprévisible, surprenant et souvent drôle. Le film a beau insérer des séquences de rêveries, l’histoire est bel et bien basée sur l’histoire d’un réel chanteur Victor Tsoï (décédé dans un accident de voiture l’âge de 28 ans) et de son groupe Kino.

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